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Sauvage
vendredi, novembre 05, 2004
 
L’étonnante plasticité

On ne naît peut-être pas, après tout, à gauche pour mourir à droite. Si c’était le cas, la jeunesse serait un épisode contestateur, et la maturité, un positionnement conservateur. Autrement dit, accepter ce fait oblige à considérer le parcours humain sur le mode de l’incohérence et de l’infidélité. C’est sûrement ce qui se produit pour certains individus aux motivations louches, mais pour les autres, qui forment la majorité, il faut être moins sévère et plus compréhensif.

Car, s’il y a un déplacement progressif des valeurs, la raison de ce glissement m’apparaît plus déprimante à envisager, puisqu’elle n’est pas uniquement politique, mais davantage et simplement existentielle.

Une autre explication

Ainsi, il me semble que l’on commence tous, par contre, notre vie dans l’abstrait. Nos premiers idéaux juvéniles étant marqués par l’inconditionnalité et la pureté; le courage, la vertu et la justice ne souffriraient et ne toléreraient aucune concession.

Jusqu’à ce que…


La réalité nous rappelle à l’ordre, et nous apprend que dans la vie vaut mieux ne pas voir trop grand. Il faut juste se donner des buts et prendre les moyens de les réaliser. Et, quelquefois, pour quelques-uns, prendre n’importe qu’elle moyens, puisque ce qui compte, après tout c’est de concrétiser des objectifs, et d'en être fier. Ainsi, mieux vaut exécuter un projet ou un objectif que conserver nos aspirations infécondes, nos rêves et nos idéaux qui ne rapporteront jamais rien.

Même les personnalités médiatiques, qui dans un premier temps pourfendaient l’injustice, l’abus d’autorité, les conflits d’intérêts, le népotisme et la rapacité, en viennent tôt ou tard à relâcher leur moralité, surtout envers eux-mêmes.

Et une chose est certaine, plus la contestation juvénile fut virulente, plus malheureusement le retournement s’avérera spectaculaire. Les plus critiques envers autrui en viennent à dépasser l’exemple de ceux qu’ils dénonçaient, si seulement l’occasion se présente pour bénéficier de faveur accordée grâce à l’assagissement et à l’abjuration.

" L’avant-garde capitaliste n’est pas rancunière. Elle a compris qu’on pouvait se débarrasser de la contestation comme de la concurrence : en l’absorbant. Et en lui faisant comprendre que le système saurait se montrer reconnaissant à l’égard de ses brebis égarées. "

Et qu’elle se montrera reconnaissante monétairement parlant, si de par notre aura médiatique et notre réputation, nous acceptions de vendre notre réputation et notre autorité.

Ne plus rêver, mais royalement consommer, et ne plus se préoccuper que de l’immédiat n’est pas des plus enthousiasmant.

En France, on constate le cas

" d’une (certaine) gauche passée à droite qui aime le bio, les boutiques pour "bobos ", et qui réserve au peuple le bâton policier, les hypermarchés javellisés et les joies de la précarité.

La fameuse perte des repères n’est pas tant subis qu’elle s’apparente à une abdication pragmatique et lentement progressive. En ces jours ternes d’automne, la victoire du Président américain sortant n’augure rien de bon pour colmater l’extrême hypocrisie et le farouche arrivisme. Où certains voient un facteur de risque très élevé dans la réélection d’un esprit belliqueux, d’autres, les électeurs, pensent, eux, en terme de sécurité. L’erreur risque d’être dramatique. Sur certaines questions les Américains sont, étrangement, les seuls à marcher sur la tête.


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