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Sauvage
lundi, juillet 19, 2004
 
Brzezinski (Le grand échiquier)

La géopolitique et la géostratégie prennent de plus en plus d'importance, étant donné la disparition de l'effet attractif de l'idéologie. Il en résulte que, on ne choisit plus entre deux tendances, mais on se positionne d'un côté ou de l'autre de l'échiquier. Les enjeux étant de plus en plus liés aux ressources naturelles encore inexploitées, les principaux acteurs visent le développement économique, de régions sous-exploitées.

Et pour cause, si l’on considère que le développement économique de la Chine et de l’Inde dépend, en grande partie, d’une offre abondante en énergie et en matières premières, la puissance qui contrôlera l’accès à ces ressources pourra exercer un pouvoir politique considérable, par la maîtrise économique d’un des outils de la croissance et du développement.

La première, seule et dernière grande puissance globale, qui maîtrisa et maîtrise toujours la technologie, les communications, l’information, le commerce et les finances, perdant de plus en plus sa prééminence absolue, n’a plus qu’un seul choix. Celui de retarder et de nuire à l’expansion d’un futur rival, en jouant sur plusieurs tableaux, afin de diviser pour continuer à régner.


Les pivots

" La notion de pivots géopolitiques désigne les États dont l’importance tient moins à leur puissance réelle et à leur motivation qu’à leur situation géographique sensible et à leur vulnérabilité potentielle, laquelle influe sur le comportement des acteurs géostratégiques. Le plus souvent, leur localisation leur confère un rôle clé pour accéder à certaines régions ou leur permet de couper un acteur de premier plan des ressources qui lui sont nécessaires. Il arrive aussi qu’un pivot géopolitique fonctionne comme un bouclier défensif…

Identifier et protéger les pivots géopolitiques majeurs de l’après-guerre froide est essentiel pour la géostratégie globale de l’Amérique. "

Un cas d’espèce peut nous aider à comprendre cette terminologie légèrement "euphémisante".

Le soulèvement des Tchétchènes, financés en sous-main et soutenus logistiquement par les Etats-Unis, prouve la pertinence du concept de pivot. On doit donc dire que l’entreprise de soulèvement sert à nuire et à retarder les projets énergétiques russes.

Au lieu de dire " identifier et protéger les pivots géopolitiques majeurs… ", il conviendrait de ne pas avoir peur d’employer un terme plus cru. Il s’agit de s’emparer et de maîtriser les États ou les territoires devenus stratégiquement essentiels.

En ce sens, la géopolique se compare à une partie d’échec interminable, où il faut deviner et sans cesse comprendre les enjeux et les objectifs de l’adversaire, plusieurs années avant que soient appliquées leurs priorités, et ainsi le contrer, afin de le déstabiliser, pour mieux le frapper, sans relâche.

Malheureusement, les Soviétiques sont, pour l’instant, bien mal servis. L’Amérique, et son pouvoir attractif, n’a pas de réelle supériorité intellectuelle quelconque, seulement les meilleurs éléments des différents États viennent si joindre, afin d’avoir les ressources, la notoriété et la reconnaissance qu’ils méritent.

Pour illustrer cette assertion, mentionnons le cas Brzezinski, conseiller du président Carter de 1977 à1981), car beaucoup de décideurs et conseillers actuels américains ont subi et subissent encore son influence.

The Bear Trap ( L’Afghanistan en guerre 1979-1989)

" Revenant sur les événements du conflit américano-soviétique en Afghanistan, Brzezinski déclara : nous n’avons pas poussé les Russes à intervenir, mais nous avons sciemment accru la probabilité qu’ils le fassent ". On considère donc aujourd’hui, que " ce n’est pas l’intervention soviétique qui aurait déclenché l’aide américaine, mais les actions des services secrets américains qui seraient à l’origine de la réponse de l’union soviétique. " Sous le gouvernement de Ronald Reagan, on assista à un envoi massif d’armements à destination des troupes rebelles aux alliés politiques de Moscou. " De plus, le jour même de l’intervention soviétique, Brzezinski aurait déclaré au Président Carter : " maintenant nous pouvons donner à l’URSS sa propre guerre du Vietnam. " ". Autrement dit, une guerre, non classique, d’embuscade.

Dans un même esprit vindicatif, le sénateur Wilson aurait mentionné " que Washington devait une revanche à l’URSS pour les 58 000 GI morts dans les rizières " .

" La décision d’intervenir militairement en Afghanistan fut prise en décembre 79 lors d’une réunion du Politburo. (…) Dans une lettre de 1997, Andreï Gromyko s’explique : (…) les efforts du gouvernement américain visant à déstabiliser les États du sud de l’URSS créaient une menace pour la sécurité de l’Union. "

Rappelons que ces États avaient été découpés par les géographes soviétiques, en fonction d’un but précis : soit celui de regrouper des groupes ethniques assez distincts et équilibrés en nombre, afin qu’il n’y ait pas d’entente précise et de volonté forte de souveraineté. À partir de cette situation, il devenait presque inévitable que le gouvernement américain pousse certains groupes au soulèvement.

S’ensuivit alors un événement imprévu :

" (…)Avec la chute (d’un) allié (américain), le shah d’Iran, (le régime khomeyniste) avait décidé de fermer les bases américaines, poussant ainsi les Etats-Unis à chercher au Pakistan ou même en Afghanistan des terrains et des accords afin de reconstruire leurs bases de renseignements* pour pouvoir continuer à espionner les communications soviétiques. "

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* " Dès 1950, le Pakistan avait décidé de faire participer ses services de renseignements, l’ISI, au réseau des services secrets américains dont faisaient notamment partie la CIA et la NSA. Ce réseau était chargé de mener un espionnage électronique sur tout ce qui concernait l’URSS. Cette mission incluait l’écoute et la surveillance de tous les signaux émis par les tests de missiles nucléaires au Kazakhstan ainsi que ceux émis par les avions de reconnaissance U-2. "


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