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Sauvage
dimanche, mai 01, 2005
 
La Corruption

"Menatep est l'un des plus importants holdings russes et contrôle des actifs équivalents à plus de 30 milliards de dollars dont notamment près de 45% de Ioukos." Son président, Platon Lebedev, est accusé d'avoir détourné 30 millions de dollars, ce qui lui donne le privilège de passer d'heureux jours en prison, depuis juillet 2003.

M. Lebedev et Mikhaïl Khodorkovski (Ioukos) sont accusés "d'escroquerie et de fraude fiscale ayant causé à l'Etat russe un préjudice de plus d'un milliard de dollars".

La banque Menatep aurait, aussi, détourné, durant milieu des années 90 une partie de l'aide versée par le Fonds monétaire international (FMI) à la Russie. Et quoi d'autre encore?

Dans ce dossier, les journalistes sont particulièrement rompus à l'hypocrisie. On s'indigne du traitement injuste perpétré contre les oligarques, mais si un citoyen ordinaire avait commis de telles exactions, j'imagine mal qui que ce soit monter aux barricades pour se plaindre de l'injustice commise.

vendredi, novembre 05, 2004
 
L’étonnante plasticité

On ne naît peut-être pas, après tout, à gauche pour mourir à droite. Si c’était le cas, la jeunesse serait un épisode contestateur, et la maturité, un positionnement conservateur. Autrement dit, accepter ce fait oblige à considérer le parcours humain sur le mode de l’incohérence et de l’infidélité. C’est sûrement ce qui se produit pour certains individus aux motivations louches, mais pour les autres, qui forment la majorité, il faut être moins sévère et plus compréhensif.

Car, s’il y a un déplacement progressif des valeurs, la raison de ce glissement m’apparaît plus déprimante à envisager, puisqu’elle n’est pas uniquement politique, mais davantage et simplement existentielle.

Une autre explication

Ainsi, il me semble que l’on commence tous, par contre, notre vie dans l’abstrait. Nos premiers idéaux juvéniles étant marqués par l’inconditionnalité et la pureté; le courage, la vertu et la justice ne souffriraient et ne toléreraient aucune concession.

Jusqu’à ce que…


La réalité nous rappelle à l’ordre, et nous apprend que dans la vie vaut mieux ne pas voir trop grand. Il faut juste se donner des buts et prendre les moyens de les réaliser. Et, quelquefois, pour quelques-uns, prendre n’importe qu’elle moyens, puisque ce qui compte, après tout c’est de concrétiser des objectifs, et d'en être fier. Ainsi, mieux vaut exécuter un projet ou un objectif que conserver nos aspirations infécondes, nos rêves et nos idéaux qui ne rapporteront jamais rien.

Même les personnalités médiatiques, qui dans un premier temps pourfendaient l’injustice, l’abus d’autorité, les conflits d’intérêts, le népotisme et la rapacité, en viennent tôt ou tard à relâcher leur moralité, surtout envers eux-mêmes.

Et une chose est certaine, plus la contestation juvénile fut virulente, plus malheureusement le retournement s’avérera spectaculaire. Les plus critiques envers autrui en viennent à dépasser l’exemple de ceux qu’ils dénonçaient, si seulement l’occasion se présente pour bénéficier de faveur accordée grâce à l’assagissement et à l’abjuration.

" L’avant-garde capitaliste n’est pas rancunière. Elle a compris qu’on pouvait se débarrasser de la contestation comme de la concurrence : en l’absorbant. Et en lui faisant comprendre que le système saurait se montrer reconnaissant à l’égard de ses brebis égarées. "

Et qu’elle se montrera reconnaissante monétairement parlant, si de par notre aura médiatique et notre réputation, nous acceptions de vendre notre réputation et notre autorité.

Ne plus rêver, mais royalement consommer, et ne plus se préoccuper que de l’immédiat n’est pas des plus enthousiasmant.

En France, on constate le cas

" d’une (certaine) gauche passée à droite qui aime le bio, les boutiques pour "bobos ", et qui réserve au peuple le bâton policier, les hypermarchés javellisés et les joies de la précarité.

La fameuse perte des repères n’est pas tant subis qu’elle s’apparente à une abdication pragmatique et lentement progressive. En ces jours ternes d’automne, la victoire du Président américain sortant n’augure rien de bon pour colmater l’extrême hypocrisie et le farouche arrivisme. Où certains voient un facteur de risque très élevé dans la réélection d’un esprit belliqueux, d’autres, les électeurs, pensent, eux, en terme de sécurité. L’erreur risque d’être dramatique. Sur certaines questions les Américains sont, étrangement, les seuls à marcher sur la tête.

mercredi, octobre 06, 2004
 
Les nouvelles armes américaines

Une société qui atteint sa quintessence politique, économique et technologique engendre un type de pouvoir qui met en place les mécanismes appropriés aux développements de la volonté de puissance*.

Comme le pouvoir se manifeste par le contrôle, la puissance, elle, absolue, génère le dernier stade débilitant de la mégalomanie (voir la différence entre Faucons** : Kisinger/Follamour, et celle entre Vulcains : Rumsfield et Wolfi/Vélociraptor.

Cette volonté, dans sa négation de l’altérité, ne tolère plus aucun autre libre arbitre que le sien propre. Le multilatéralisme n’est certes pas son principal penchant. La modération non plus, puisqu’elle ne serait exister dans l’Ubris.

Cette logique, par sa co(hérence), n’a plus que la froideur du raisonnement, comme ressource, et l’enfermement de son propre vertige autodestructeur, comme châtiment prochain.

Mais son règne douleureux, même s’il est compté, sera toujours trop long, à l’instar de l’éternité, qui dure trop, surtout vers sa fin***.

Ainsi chaque moment de ce régime mortifère devient pénible à tous ceux qui le subissent, de même qu’aux autres populations qui assistent aux carnages, sans aucune possibilité d’intervention ****.

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* La Wille zur Macht nietzschéenne, que l’on propose de traduire en « Volonté vers la puissance », se distingue de la volonté de puissance par son objectif. Nietzsche-1- étant un solitaire, surtout après sa deuxième période, celle de « Aurore », n’a jamais entendu la volonté comme étant applicable à la sphère sociale ou politique -2-. Il faut toujours partir de la maxime « Ce qui ne me tue pas me fortifie » face à la cruauté de la vie et face aux aléas de l’existence individuelle. Et il va de soit que toute référence au nazisme devient donc une méconnaissance profonde du plus grand penseur des 19ième et 20ième siècles. Heidegger se révélant, aujourd’hui, être un tantinet comme la grenouille de la fable.

-1- Le sujet de Maîtrise du scribouilleur.
-2- Interprétation péladienne.

** Robert Strausz-Hupé, fondateur de l'école états-unienne de géopolitique, a formé Henry Kissinger, James Schlessinger et Alexander Haig. Convaincu de la décadence de l'Europe et de la supériorité des États-Unis, il n'a cessé de plaider pendant un demi-siècle pour la création d'un Empire américain dont l'Europe occidentale serait une province soumise. Adulé par le Pentagone et les industriels de l'armement, écouté par Nixon et Reagan, il a façonné l'OTAN et pesé sur la politique au Moyen-Orient. Il s'est éteint à l'âge de 98 ans ( les vieux fous mort toujours trop tard, on pense ici à la ruse de la Raison hégelienne).

*** Allen Stewart Konigsberg et son recueil de boutades cinématographiques.

**** Par les réseaux d’Internet il faudrait discrètement, à travers une dizaine de pays, descendre dans nos réseaux nationaux de nos cités et distribuer des tracts invitant à un boycotte simultané de quelques produits : les boissons gazeuses, les pétrolières, les oranges de Bush, les industries alimentaires et de confiseries. Mais n’en demandons pas trop au consommateur repu et égoïste que nous sommes.

mardi, août 24, 2004
 
Le seuil d’incompétence (Debord)

Le principe de Peter fait parti des étrangetés contre-intuitives qui déjouent notre compréhension du monde du travail, et remet en perspective la prétention humaine de parfaire le fonctionnement des activités à composantes hiérarchiques. Voyons à quoi ressemble ce paradoxe

Normalement, on s’imagine qu’un individu qui occupe un poste élevé mérite amplement d’œuvrer dans les tâches précises qui lui ont été imparties. Ce qui implique logiquement qu’aucune autre personne pouvait répondre au demande de compétences exigées.

Même si on se heurte quelque fois à un supérieur qui souffre d’impéritie, on à quant même l’impression d’être devant un phénomène marginal.

Mais il n’en est rien.

On considère que la majorité des travailleurs qui dépasse la fonction de simple exécutant, seraient modérément incompétents*, et qu’une minorité seulement seraient très compétente ou complètement incompétente.

Ce qui finalement n’est pas le meilleur des scénarios, puisqu’une personne qui possède quelque maîtrise, peut très bien mal se juger et ainsi s’aventurer en terrain méconnu, faisant ainsi porter sur l’ensemble de son organisation les coûts de ses erreurs et l’étiquette qui affuble souvent une telle débâcle : l’amateurisme.

Il faudrait aussi mentionner le principe d’entropie intellectuel, car il est fort à parier qu’à être confiné dans un champ précis d’une même activité connexe, le temps forge des travers, et rétrécie l’activité de réflexion, en instaurant des automatismes.

Le supérieur hiérarchique

Par ailleurs, le mauvais patron se reconnaît à son inconséquence, à l’absence de principe claire et de ligne directrice, et, il en va de soi, à son incapacité à reconnaître le talent, l’excellence et la compétence.

Pour bien comprendre le manque de compétence, mieux vaut d’écrire les qualités que requiert deux fonctions importantes au sein des organisations modernes : la direction et le leadership.

" Le manager met l'accent sur le système et les notions de contrôle, tandis que le leader s'appuie sur les gens qui constituent son équipe. Le bon leader est un véritable agent de changement, capable de transmettre la vision de l'organisation. En résumé, le bon manager met davantage l'accent sur la maintenance et le contrôle, tandis que le bon leader galvanise ses employés vers le changement. "

Et,

" un patron qui a confiance en lui est capable d'écouter et d'utiliser les idées de son équipe; en fait, sûr de lui, il ne perçoit pas les membres de son équipe comme des concurrents. " (Geneviève Fortier)

Le principe de Peter postule donc que le dernier niveau hiérarchique atteint (l’accession au dernier poste d’incompétence) est celui auquel l’individu est confiné, faute d’être incapable de prouver qu’il le maîtrise adéquatement; ce qui implique qu’il ne peut plus, incidemment, gravir d’échelons supérieurs.

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* " L’incompétence ordinaire n’est pas (…) une cause de renvoi mais simplement un obstacle à la promotion. La super-compétence aboutit souvent au renvoi, parce qu’elle bouleverse la hiérarchie et viole ainsi le premier commandement de la vie hiérarchique : la hiérarchie doit être maintenue. "

lundi, juillet 19, 2004
 
Brzezinski (Le grand échiquier)

La géopolitique et la géostratégie prennent de plus en plus d'importance, étant donné la disparition de l'effet attractif de l'idéologie. Il en résulte que, on ne choisit plus entre deux tendances, mais on se positionne d'un côté ou de l'autre de l'échiquier. Les enjeux étant de plus en plus liés aux ressources naturelles encore inexploitées, les principaux acteurs visent le développement économique, de régions sous-exploitées.

Et pour cause, si l’on considère que le développement économique de la Chine et de l’Inde dépend, en grande partie, d’une offre abondante en énergie et en matières premières, la puissance qui contrôlera l’accès à ces ressources pourra exercer un pouvoir politique considérable, par la maîtrise économique d’un des outils de la croissance et du développement.

La première, seule et dernière grande puissance globale, qui maîtrisa et maîtrise toujours la technologie, les communications, l’information, le commerce et les finances, perdant de plus en plus sa prééminence absolue, n’a plus qu’un seul choix. Celui de retarder et de nuire à l’expansion d’un futur rival, en jouant sur plusieurs tableaux, afin de diviser pour continuer à régner.


Les pivots

" La notion de pivots géopolitiques désigne les États dont l’importance tient moins à leur puissance réelle et à leur motivation qu’à leur situation géographique sensible et à leur vulnérabilité potentielle, laquelle influe sur le comportement des acteurs géostratégiques. Le plus souvent, leur localisation leur confère un rôle clé pour accéder à certaines régions ou leur permet de couper un acteur de premier plan des ressources qui lui sont nécessaires. Il arrive aussi qu’un pivot géopolitique fonctionne comme un bouclier défensif…

Identifier et protéger les pivots géopolitiques majeurs de l’après-guerre froide est essentiel pour la géostratégie globale de l’Amérique. "

Un cas d’espèce peut nous aider à comprendre cette terminologie légèrement "euphémisante".

Le soulèvement des Tchétchènes, financés en sous-main et soutenus logistiquement par les Etats-Unis, prouve la pertinence du concept de pivot. On doit donc dire que l’entreprise de soulèvement sert à nuire et à retarder les projets énergétiques russes.

Au lieu de dire " identifier et protéger les pivots géopolitiques majeurs… ", il conviendrait de ne pas avoir peur d’employer un terme plus cru. Il s’agit de s’emparer et de maîtriser les États ou les territoires devenus stratégiquement essentiels.

En ce sens, la géopolique se compare à une partie d’échec interminable, où il faut deviner et sans cesse comprendre les enjeux et les objectifs de l’adversaire, plusieurs années avant que soient appliquées leurs priorités, et ainsi le contrer, afin de le déstabiliser, pour mieux le frapper, sans relâche.

Malheureusement, les Soviétiques sont, pour l’instant, bien mal servis. L’Amérique, et son pouvoir attractif, n’a pas de réelle supériorité intellectuelle quelconque, seulement les meilleurs éléments des différents États viennent si joindre, afin d’avoir les ressources, la notoriété et la reconnaissance qu’ils méritent.

Pour illustrer cette assertion, mentionnons le cas Brzezinski, conseiller du président Carter de 1977 à1981), car beaucoup de décideurs et conseillers actuels américains ont subi et subissent encore son influence.

The Bear Trap ( L’Afghanistan en guerre 1979-1989)

" Revenant sur les événements du conflit américano-soviétique en Afghanistan, Brzezinski déclara : nous n’avons pas poussé les Russes à intervenir, mais nous avons sciemment accru la probabilité qu’ils le fassent ". On considère donc aujourd’hui, que " ce n’est pas l’intervention soviétique qui aurait déclenché l’aide américaine, mais les actions des services secrets américains qui seraient à l’origine de la réponse de l’union soviétique. " Sous le gouvernement de Ronald Reagan, on assista à un envoi massif d’armements à destination des troupes rebelles aux alliés politiques de Moscou. " De plus, le jour même de l’intervention soviétique, Brzezinski aurait déclaré au Président Carter : " maintenant nous pouvons donner à l’URSS sa propre guerre du Vietnam. " ". Autrement dit, une guerre, non classique, d’embuscade.

Dans un même esprit vindicatif, le sénateur Wilson aurait mentionné " que Washington devait une revanche à l’URSS pour les 58 000 GI morts dans les rizières " .

" La décision d’intervenir militairement en Afghanistan fut prise en décembre 79 lors d’une réunion du Politburo. (…) Dans une lettre de 1997, Andreï Gromyko s’explique : (…) les efforts du gouvernement américain visant à déstabiliser les États du sud de l’URSS créaient une menace pour la sécurité de l’Union. "

Rappelons que ces États avaient été découpés par les géographes soviétiques, en fonction d’un but précis : soit celui de regrouper des groupes ethniques assez distincts et équilibrés en nombre, afin qu’il n’y ait pas d’entente précise et de volonté forte de souveraineté. À partir de cette situation, il devenait presque inévitable que le gouvernement américain pousse certains groupes au soulèvement.

S’ensuivit alors un événement imprévu :

" (…)Avec la chute (d’un) allié (américain), le shah d’Iran, (le régime khomeyniste) avait décidé de fermer les bases américaines, poussant ainsi les Etats-Unis à chercher au Pakistan ou même en Afghanistan des terrains et des accords afin de reconstruire leurs bases de renseignements* pour pouvoir continuer à espionner les communications soviétiques. "

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* " Dès 1950, le Pakistan avait décidé de faire participer ses services de renseignements, l’ISI, au réseau des services secrets américains dont faisaient notamment partie la CIA et la NSA. Ce réseau était chargé de mener un espionnage électronique sur tout ce qui concernait l’URSS. Cette mission incluait l’écoute et la surveillance de tous les signaux émis par les tests de missiles nucléaires au Kazakhstan ainsi que ceux émis par les avions de reconnaissance U-2. "


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